La revista de tropas
Traducción del francés por Luisa Fernanda Escobar
Texto original de Anatole France
Edición por Laura Rodríguez-Mejía
Imagen: Filles et garçons: scènes de la ville et des champs, Anatole France, iIllustrations de M. B. de Monvel, 1900.
René, Bernard, Roger, Jack y Étienne consideran que no hay nada más bello en el mundo que ser militar. Francine piensa igual que ellos y quisiera ser un niño para convertirse en soldado. Opinan de esa manera porque los soldados llevan uniformes hermosos, hombreras y galones de oro, y espadas que relucen. Hay aún otra razón para poner al soldado en la primera fila de la patria, y es que da su vida. No hay verdadera grandeza en este mundo que aquella del sacrificio, y el sacrificio de la vida es el más grande de todos, porque comprende todos los otros. Por eso el corazón de la muchedumbre de ciudadanos palpita vivamente cuando un desfile militar pasa.
René es general. Lleva un sombrero de dos puntas y monta un caballo de guerra. El sombrero es en papel y el caballo es una silla. Su ejército se compone de un tambor y cuatro hombres, dentro de los cuales hay una niña. “¡Alcen las armas! ¡Adelante, en marcha!” Y el desfile comienza.
Francine y Roger se ven muy bien con las armas. Jack, es verdad, sostiene su fusil lánguidamente entre los brazos. Es porque tiene el alma melancólica. No se le debe reprochar. Los soñadores pueden ser tan valientes como los que no sueñan. Pero su hermano menor, Esteban, el hombre más pequeñito del régimen, se queda pensativo. Es ambicioso: quisiera ser un general de inmediato: de ahí su preocupación.
“¡Adelante! ¡Adelante!” Grita René. “Vamos por los chinos que están en el comedor”. Los chinos son las sillas. Cuando se juega a la guerra, las sillas son excelentes para hacer de chinos: se caen.
Es todo lo que los chinos pueden hacer bien. Cuando todas las sillas están patas arriba, René grita: “Soldados, ahora que hemos vencido a los chinos, vamos a comer”. Esta idea es bien recibida por todo el ejército. Los soldados deben comer. Por esta vez la intendencia aportó víveres al gusto: bizcochitos de ron, madelenas, éclers de café con chocolate, jarabe de grosellas. El ejército devora. El sombrío Esteban es el único que no come. Mira con deseo la espada y el sombrero de dos puntas que el general dejó sobre una silla. Se acerca, las coge y se escabulle a la habitación de al lado. Allí, solo frente al espejo, se pone el sombrero, blande la espada; es un general, general sin ejército, su propio general. Disfruta con ambición de este placer de presagios vagos y de grandes esperanzas.
(Tomado de: Filles et garçons : scènes de la ville et des champs / Anatole France ; iIllustrations de M. B. de Monvel).
La revue
René, Bernard, Roger, Jacques et Étienne estiment qu’il n’y a rien de plus beau au monde que d’être militaire. Francine pense comme eux, et elle voudrait être un garçon pour devenir un soldat. Ils en jugent de la sorte, parce que les soldats portent de beaux uniformes, des épaulettes et des galons d’or, et des sabres qui reluisent. Il y a encore une autre raison pour mettre le soldat au premier rang dans la patrie c’est qu’il donne sa vie. II n’y a de vraie grandeur en ce monde que celle du sacrifice et le sacrifice de la vie est le plus grand de tous, puisqu’il comprend tous les autres. C’est pourquoi le cœur de la foule des citadins bat vivement quand un régiment passe.
René est général. Il porte le chapeau à deux cornes et monte un cheval de guerre. Le chapeau est en papier et le cheval est une chaise. Son armée est composée d’un tambour et de quatre hommes, dont une fille. « Portez armes ! en avant, marche !» Et le défilé commence.
Francine et Roger ont tout à fait bonne mine sous les armes. Jacques, il est vrai, tient son fusil languissamment entre ses bras. C’est qu’il a l’âme mélancolique. Il ne faut pas lui en faire un reproche. Les rêveurs peuvent être des braves tout comme ceux qui ne rêvent point. Mais son jeune frère Étienne, le plus petit homme du régiment, demeure pensif. Il est ambitieux : voudrait être général tout de suite : de là son souci.
« En avant ! en avant ! s’écrie René. Nous allons tomber sur les Chinois qui sont dans la salle à manger. » Les Chinois, ce sont les chaises. Quand on joue à la guerre, les chaises sont excellentes pour faire des Chinois. Elles tombent.
C’est tout ce que les Chinois peuvent faire de mieux. Quand toutes les chaises ont les pieds en l’air, René s’écrie : « Soldats, maintenant que nous avons vaincu les Chinois, nous allons goûter. » Cette idée est bien accueillie par toute l’armée. Les soldats, il faut que cela mange. Pour cette fois l’Intendance a fourni des vivres à souhait : babas, madeleines, éclairs au café et au chocolat, sirop de groseilles. L’armée dévore. Seul le sombre Etienne ne mange pas. Il regarde avec envie le sabre et le chapeau à deux cornes que le général a laissés sur une chaise. Il s’approche, il s’en empare et se glisse dans la chambre voisine. Là, seul devant la glace, il se coiffe du chapeau, il brandit le sabre ; il est général, général sans armée, général pour soi seul. Il goûte en ambitieux ce plaisir plein de vagues présages et de longues espérances.
La revue
René, Bernard, Roger, Jacques et Étienne estiment qu’il n’y a rien de plus beau au monde que d’être militaire. Francine pense comme eux, et elle voudrait être un garçon pour devenir un soldat. Ils en jugent de la sorte, parce que les soldats portent de beaux uniformes, des épaulettes et des galons d’or, et des sabres qui reluisent. Il y a encore une autre raison pour mettre le soldat au premier rang dans la patrie c’est qu’il donne sa vie. II n’y a de vraie grandeur en ce monde que celle du sacrifice et le sacrifice de la vie est le plus grand de tous, puisqu’il comprend tous les autres. C’est pourquoi le cœur de la foule des citadins bat vivement quand un régiment passe.
René est général. Il porte le chapeau à deux cornes et monte un cheval de guerre. Le chapeau est en papier et le cheval est une chaise. Son armée est composée d’un tambour et de quatre hommes, dont une fille. « Portez armes ! en avant, marche !» Et le défilé commence.
Francine et Roger ont tout à fait bonne mine sous les armes. Jacques, il est vrai, tient son fusil languissamment entre ses bras. C’est qu’il a l’âme mélancolique. Il ne faut pas lui en faire un reproche. Les rêveurs peuvent être des braves tout comme ceux qui ne rêvent point. Mais son jeune frère Étienne, le plus petit homme du régiment, demeure pensif. Il est ambitieux : voudrait être général tout de suite : de là son souci.
« En avant ! en avant ! s’écrie René. Nous allons tomber sur les Chinois qui sont dans la salle à manger. » Les Chinois, ce sont les chaises. Quand on joue à la guerre, les chaises sont excellentes pour faire des Chinois. Elles tombent.
C’est tout ce que les Chinois peuvent faire de mieux. Quand toutes les chaises ont les pieds en l’air, René s’écrie : « Soldats, maintenant que nous avons vaincu les Chinois, nous allons goûter. » Cette idée est bien accueillie par toute l’armée. Les soldats, il faut que cela mange. Pour cette fois l’Intendance a fourni des vivres à souhait : babas, madeleines, éclairs au café et au chocolat, sirop de groseilles. L’armée dévore. Seul le sombre Etienne ne mange pas. Il regarde avec envie le sabre et le chapeau à deux cornes que le général a laissés sur une chaise. Il s’approche, il s’en empare et se glisse dans la chambre voisine. Là, seul devant la glace, il se coiffe du chapeau, il brandit le sabre ; il est général, général sans armée, général pour soi seul. Il goûte en ambitieux ce plaisir plein de vagues présages et de longues espérances.
La revista de tropas
René, Bernard, Roger, Jack y Étienne consideran que no hay nada más bello en el mundo que ser militar. Francine piensa igual que ellos y quisiera ser un niño para convertirse en soldado. Opinan de esa manera porque los soldados llevan uniformes hermosos, hombreras y galones de oro, y espadas que relucen. Hay aún otra razón para poner al soldado en la primera fila de la patria, y es que da su vida. No hay verdadera grandeza en este mundo que aquella del sacrificio, y el sacrificio de la vida es el más grande de todos, porque comprende todos los otros. Por eso el corazón de la muchedumbre de ciudadanos palpita vivamente cuando un desfile militar pasa.
René es general. Lleva un sombrero de dos puntas y monta un caballo de guerra. El sombrero es en papel y el caballo es una silla. Su ejército se compone de un tambor y cuatro hombres, dentro de los cuales hay una niña. “¡Alcen las armas! ¡Adelante, en marcha!” Y el desfile comienza.
Francine y Roger se ven muy bien con las armas. Jack, es verdad, sostiene su fusil lánguidamente entre los brazos. Es porque tiene el alma melancólica. No se le debe reprochar. Los soñadores pueden ser tan valientes como los que no sueñan. Pero su hermano menor, Esteban, el hombre más pequeñito del régimen, se queda pensativo. Es ambicioso: quisiera ser un general de inmediato: de ahí su preocupación.
“¡Adelante! ¡Adelante!” Grita René. “Vamos por los chinos que están en el comedor”. Los chinos son las sillas. Cuando se juega a la guerra, las sillas son excelentes para hacer de chinos: se caen.
Es todo lo que los chinos pueden hacer bien. Cuando todas las sillas están patas arriba, René grita: “Soldados, ahora que hemos vencido a los chinos, vamos a comer”. Esta idea es bien recibida por todo el ejército. Los soldados deben comer. Por esta vez la intendencia aportó víveres al gusto: bizcochitos de ron, madelenas, éclers de café con chocolate, jarabe de grosellas. El ejército devora. El sombrío Esteban es el único que no come. Mira con deseo la espada y el sombrero de dos puntas que el general dejó sobre una silla. Se acerca, las coge y se escabulle a la habitación de al lado. Allí, solo frente al espejo, se pone el sombrero, blande la espada; es un general, general sin ejército, su propio general. Disfruta con ambición de este placer de presagios vagos y de grandes esperanzas.
Luisa Fernanda Escobar es docente de Humanidades e idiomas, especialista en infancia y cultura, y conocedora de los idiomas y la literatura. Se interesa por seguir expandiendo su espíritu a través de la creación poética. Así, la traducción literaria ha representado un espacio que le permite crear, analizar y conocer a la humanidad y al mundo a través de la literatura.

